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Grève du SLECG: L’irrationnel entre syndicat et gouvernement (Par Mamadou Gando Bah)

by ACCENT GUINEE
29 décembre 2018
in Non classé, OPINION
Grève du SLECG: L’irrationnel entre syndicat et gouvernement (Par Mamadou Gando Bah)

Je me permets d’intervenir sur un sujet d’importance capitale pour notre pays. Eu égard à la sensibilité du sujet sur l’actualité socio-éducative, je pense il est important que le débat soit animé par les intellectuels, particulièrement les spécialistes des questions économiques, juridiques et sociales en vue d’apporter des solutions idoines de sortie de crise.

Sur la problématique de la revendication salariale d’une partie du syndicat des enseignants guinéens, j’aborde mon point de vue sous trois angles.

Tout d’abord, je rappelle que la revendication des enseignants porte sur une augmentation du salaire nominal à huit (8) millions. Pour les non économistes, le salaire nominal, c’est le salaire qui est porté sur la fiche de paie. C’est le salaire qui paie les heures ou le mois travaillé.

Une réclamation portant uniquement sur le salaire nominal a peu de sens, puisqu’un tel salaire ne permet pas l’augmentation du pouvoir d’achat dans la durée.

L’augmentation du salaire nominal à huit millions va certes permettre à court terme un élargissement de la surface financière, subsidiairement une augmentation du pouvoir d’achat. Mais c’est bien à court terme, dans la mesure où l’injection de la masse salariale importante ne représentant pas une contrepartie en production de biens ou de services va entraîner un effet poussif sur l’inflation. Or, l’inflation qui est définit comme une hausse généralisée et continue des prix sur le marché, est l’ennemi du salarié. Cet effet va se traduire par une augmentation des frais de loyers, des marchandises etc…

Donc, il existe un réel risque que l’effet escompté de l’augmentation à savoir l’amélioration des conditions de vie ne soit pas obtenu.

Je vais schématiser tout ça par un exemple vécu. En 2005 et 2006, les nouveaux fonctionnaires étaient payés entre cinq cent mille (500.000) et six cent milles (600.000) GNF. En 2018, les mêmes fonctionnaires sont payés entre deux millions cinq cent mille (2 500 000) et deux millions huit cent milles (3 800 000) GNF. Demandez à ces fonctionnaires si leur pouvoir d’achat a augmenté. Ils vous répondront par la négation. La raison est simple en 2005, le plat de riz était vendu entre 1 000 et 3 000 GNF. En 2008, le même plat est vendu entre 10 000 et 30 000 GNF. Dans la même période le salaire a augmenté cinq fois et l’inflation a grimpé dix fois. Au lieu que le salaire ne profite aux salariés, il les a appauvris.

De mon point de vue, ce qu’il faut pour les enseignants, et c’est valable pour tous les fonctionnaires, c’est de réclamer un salaire réel. Le salaire réel est celui indexé, sécurisé et protégé de l’inflation et des autres effets du marché.

Les enseignants peuvent par exemple demander à ce que leurs conditions de vie soient améliorées et protégées en mettant un dispositif favorable à la scolarité de leurs enfants, aux soins sanitaires et aux frais de déplacements. Un salaire même de deux (2) ou trois (3) millions peut suffire s’il est protégé des charges sociales et des autres coûts liés aux déplacements et aux conditions de travail. Toutefois, il revient au gouvernement de sécuriser les salaires de ses travailleurs en soutenant une politique macro-économique rigoureuse, notamment la maîtrise de l’inflation ou la protection des salariés de ses effets.

A ma souvenance (je peux me tromper), Il n’existe aucun pays au monde où le salaire nominal a permis de supporter à lui seul toutes les charges du salarié. En France par exemple, les frais de restauration et de déplacement du domicile au lieu de travail sont remboursés en partie. Les frais sanitaires sont également supportés en partie par la sécurité sociale.
Ensuite dans le contexte actuel, il existe un risque explosif à une augmentation salariale pour un seul secteur. Il faut dire que c’est tous les corps qui se plaignent des conditions de vie actuelle. Que cette plainte soit vivement exprimée ou pas elle existe. Une augmentation salariale pour les enseignants va produire un effet boule de neige chez les autres corps professionnels. La Guinée vit déjà assez de crises, je pense le gouvernement ne va pas prendre le risque d’en rajouter.
En fin, il faut dire que c’est trop de monde qui est payé à l’éducation. Vous avez des cadres et agents des autres départements ministériels qui émargent à l’éducation, des enseignants qui ont abandonné mais qui continuent par le biais de leurs familles à percevoir leurs salaires….

Ceci n’est pas la faute aux enseignants mais au gouvernement qui n’a pas su faire un assainissement correct et complet du fichier de la fonction publique en dépit du fait que beaucoup d’efforts ont été réalisés dans ce sens. Mais la Guinée traine un lourd passé qui malheureusement exige encore du temps pour être évacué.

Au vu de cette situation, il est donc impératif de procéder à un toilettage du ficher avant de procéder à une quelconque augmentation salariale. Sans ce préalable, toute augmentation serait une perte financière inutile pour l’Etat.

Pour terminer, j’invite les enseignants à revoir le contenu de leur revendication et le gouvernement à revoir sa communication. Un dialogue franc et sincère doit être ouvert entre les différents protagonistes.

Mamadou Gando Bah
Énarque (France)
Spécialiste en Gestion Publique

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